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1. Pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je m’appelle Nouhaila AGOUZAL, j’ai 24 ans. Après avoir obtenu mon baccalauréat au lycée Mohammed VI de Marrakech, j’ai intégré les classes préparatoires au Lycée d’Excellence Mohamed VI de Benguerir, puis Grenoble INP – ENSIMAG, à Grenoble, en France, où je me suis formée en informatique et en mathématiques appliquées. J’ai ensuite élargi mes horizons grâce à un échange Erasmus au KTH Royal Institute of Technology, à Stockholm, en Suède. Aujourd’hui, je suis ingénieure en machine learning chez Dassault Systèmes, un groupe français spécialisé dans les logiciels de conception 3D, de simulation et de fabrication.

2. Pourquoi avez-vous choisi d'étudier en France ?

Choisir d’étudier en France a été à la fois une ambition et une épreuve. Quitter le Maroc signifiait m’éloigner de mes parents, de mes repères, et avancer avec la peur des différences culturelles et de la solitude. Ce n’était pas une décision évidente, surtout quand on vient d’un cadre familial modeste où chaque distance se ressent davantage. Pourtant, cette peur n’a pas été plus forte que mon envie d’apprendre et de me dépasser. 

Après les classes préparatoires, j’ai ressenti le besoin de me former dans un environnement très exigeant, capable de nourrir ma passion pour l’informatique et de me pousser au meilleur niveau. La France s’est imposée comme une suite logique : un système reconnu pour son excellence académique, la qualité de ses écoles d’ingénieurs, et une formation à la fois rigoureuse, ouverte sur l’international et accessible.

3. Où avez-vous étudié en France et comment s’est passée votre arrivée ?

J’ai étudié en France à Grenoble, au sein de Grenoble INP – ENSIMAG. Mon arrivée a été une étape marquante : m’installer dans un nouveau pays tout en gérant des démarches administratives et un rythme d’études exigeant n’était pas évident. Pourtant, dès les premiers jours, je me suis sentie accompagnée. La communauté marocaine sur place m’a aidée à m’intégrer en m’apportant des conseils pratiques, des repères sur l’école et, surtout, un véritable soutien moral. Grâce à cette solidarité, mon adaptation a été plus fluide.

4. Avez-vous observé des écarts entre le système éducatif français et marocain ?

De ce que j’ai pu observer, les différences entre le système éducatif marocain et le système français se situent principalement dans l’approche pédagogique, plus que dans le niveau académique en lui-même.

Le système marocain met fortement l’accent sur la rigueur scientifique. La formation y est très structurée, exigeante et centrée sur l’acquisition de bases théoriques solides. Cette approche développe une grande capacité de raisonnement, de discipline et de travail, mais laisse parfois moins de place à l’expérimentation, à l’autonomie ou aux projets appliqués.

En France, notamment dans les écoles d’ingénieurs, l’enseignement est davantage orienté vers la pratique et l’application concrète des connaissances. Les projets, les travaux de groupe, les études de cas et les liens avec le monde professionnel occupent une place importante. On y valorise davantage l’initiative personnelle, la communication, le travail en équipe et la capacité à résoudre des problèmes réels.

5. Avez-vous intégré des associations, clubs ou réseaux étudiants ?

Oui. Pendant mes études, j’ai choisi de m’engager dans plusieurs associations avec l’envie de me rendre utile, de créer du lien et d’apprendre à porter une voix, la mienne comme celle des autres. Cet engagement a aussi été une école précieuse pour développer des compétences essentielles, notamment en communication, en travail d’équipe et en prise d’initiative. J’ai d’abord été membre d’ENS’IA, une association qui promeut l’intelligence artificielle au sein de Grenoble INP – ENSIMAG. J’ai aussi rejoint IAESTE France (Grenoble Alpes), l’association internationale pour l’échange d’étudiants en stages techniques, où j’ai contribué à l’organisation d’événements et d’ateliers. Enfin, j’ai intégré l’EMF Paris-Saclay, une association dédiée à servir, représenter et défendre les étudiants.

6. Quels ont été les moments les plus difficiles de votre parcours ?

Mon parcours s’est construit à travers plusieurs transitions exigeantes, qui ont chacune contribué à mon développement personnel et académique. D’abord, la transition entre les classes préparatoires et le cycle ingénieur m’a demandé une vraie adaptation : une nouvelle façon de travailler, davantage de projets et plus d’autonomie. J’ai aussi été confrontée à un niveau d’exigence élevé en informatique, ce qui m’a poussée à redoubler d’efforts pour progresser rapidement.

En parallèle, il a fallu gérer des difficultés très concrètes liées aux démarches administratives, en France puis en Suède, ainsi que la préparation de chaque déménagement, souvent source de stress. Enfin, les moments les plus délicats ont été ceux où il fallait choisir une direction : une filière, un stage, une destination d’échange. Dans ces moments-là, à un âge où l’on manque encore de recul sur ses aspirations, pouvoir échanger avec des personnes sincères, prêtes à partager leur expérience et à guider sans détour, a été un soutien essentiel pour avancer avec plus de confiance.

7. Qu’avez-vous appris de plus marquant durant votre expérience en France ?

Durant mon expérience en France, l’apprentissage le plus marquant a été autant humain qu’académique. J’ai compris que chacun part d’un point différent : il ne sert à rien de se comparer aux autres, mais plutôt à la personne que l’on était hier. Cette prise de recul m’a appris à honorer mon parcours et à reconnaître, avec fierté, tout ce que j’ai dû surmonter et construire pour devenir la personne que je suis aujourd’hui. 

Elle m’a aussi enseigné la résilience et la persévérance face à l’échec : la vie est faite d’épreuves, mais j’ai compris qu’on peut les traverser sans se perdre, en s’appuyant sur la foi et la confiance en Dieu. Elle m’a également permis de mieux gérer le stress et la solitude dans les moments difficiles, et surtout d’apprendre à m’écouter et à m’aimer davantage. Enfin, elle m’a appris que l’on peut s’ouvrir aux autres et apprendre d’eux sans se perdre soi-même ni renier sa culture.

8. Avez-vous mené des projets, stages ou expériences formatrices ?

Oui, j’ai mené plusieurs projets et stages particulièrement formateurs, à la croisée du développement logiciel, de la data science et de l’intelligence artificielle, qui m’ont permis de consolider mes compétences tout en gagnant en maturité professionnelle. J’ai notamment eu une expérience en data science et en traitement du langage naturel chez Ivalua, une autre dans un cadre de recherche international à l’ILL – Institut Laue Langevin, où j’ai contribué au développement du logiciel open source SasView, ainsi qu’un projet académique avec Atos autour de l’IA appliquée aux images.

Ces expériences se sont déroulées dans des environnements internationaux et multiculturels, où j’ai renforcé ma capacité d’adaptation, de communication et de collaboration.

9. La bourse a-t-elle été un levier dans votre parcours ?

Absolument. Sans la bourse, je n’aurais pas été en mesure de concrétiser mon projet d’études en France. Issue d’une famille modeste, ce soutien a été déterminant pour financer mon installation et faire face aux dépenses essentielles liées à la vie étudiante.

Au-delà de l’aspect financier, la bourse m’a apporté une stabilité précieuse, me permettant de me consacrer pleinement à ma formation et d’avancer avec sérénité.

10.  Si vous deviez résumer votre expérience en une phrase ou un mot, que diriez-vous ?

Un chemin de dépassement et de résilience, où mes valeurs ont été mon repère.

11. Avez-vous été confronté à une sorte de reconversion professionnelle ? 

Non, je n’ai pas eu à faire de reconversion professionnelle, car mon parcours est resté cohérent et aligné avec mon intérêt initial pour les sciences, puis pour l’informatique. Au contraire, chaque étape de ma formation a renforcé ce choix et m’a permis de préciser progressivement mon projet professionnel jusqu’à mon poste actuel en tant qu’ingénieure machine learning.

12. Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Je ne me projette pas de manière très précise à cinq ans, car je préfère construire mon parcours étape par étape et rester ouverte aux opportunités qui se présentent au fil du temps. Cela dit, même sans plan figé, j’ai une direction qui me tient profondément à cœur.

Idéalement, je me vois au Maroc, où je pourrais mettre mes compétences au service de projets concrets et utiles. J’aimerais contribuer au développement de mon pays, participer à la diffusion des sciences et des technologies, et œuvrer, à mon échelle, pour rendre ces opportunités plus accessibles. J’aimerais aussi m’investir dans la transmission et le mentorat, en accompagnant des jeunes — notamment issus de milieux modestes — en partageant mon expérience, en les conseillant et, si possible, en leur ouvrant des portes, comme d’autres l’ont fait pour moi.

Merci pour votre témoignage ! 


 

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